L'estran

Alliant les mots de l’écrivaine Isabelle Miron, la véritable poésie musicale du groupe l’Oumigmag et l’inventivité sensible de Possibles éditions, l’estran est un projet multidisciplinaire convoquant l’imaginaire du bord du fleuve. Dans un appel s’adressant à son être entier, le lecteur/auditeur est convié à explorer les strates diverses de l’espace entre la marée basse et la marée haute qu’est l’estran. Ici, de grosses roches nées comme nous de quelque étoile côtoient ce que les marées apportent et reprennent de lune en lune; des enfants cherchant des «clams» les deux pieds dans la batture passent là même où, au 18e siècle, Marie Caresse tenait l’Auberge du repos, lieu où de malheureux voyageurs disparaissaient mystérieusement.

Du projet qui a d’abord vu le jour sous forme de spectacle, L’estran prendra bientôt la forme d’un livre dont la conception collective sera chapeautée par l’artiste-éditeur Guillaume Martel LaSalle et d’un support web contemplatif où se côtoieront, musiques, paysages sonores et textes performés. Sous la direction musicale du compositeur et guitariste Sébastien Sauvageau, l’ensemble l’Oumigmag déploiera une musique imageant le territoire de l’estran par des fresques qui réunissent des airs traditionnels nés du fleuve et des paysages sonores enveloppants et qui prolongent la parole d’Isabelle Miron.

Isabelle, Sébastien et Guillaume seront en résidence au Château Landry pour la conception de leur livre. L’artiste sonore Thibaut Quinchon se joint à eux pour documenter le processus créatif et capter les paysages sonores de l’estran. Une oeuvre envoûtante portant à l’émerveillement et à l’humilité devant la grandeur du Fleuve et de l’estran, véritable quai de tous les départs et de toutes les arrivées.

Toute cette beauté
ces sons
ces silences
ces vagues lentes de la marée montante
doucement qui avancent
et s’estompent
se dissolvent
sous les palpitations
du fleuve
embaument de sel
l’air et le ciel
et les conifères.

Traces mouvantes
qui sculptent au ralenti
la terre, le roc.

Patience infinie
du vivant.

*
Même par temps clair
les frontières sont poreuses
l’oiseau traverse le ciel
entre dans l’œil
et l’oreille du passant
le transforme de l’intérieur
le déploie.

Ici chaque fois est la première.

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L’estran à marée haute. Air salin qui glisse et tournoie, eaux plissées où le phoque, ce matin, montrait sa belle tête, son museau. Tout est recouvert, et scintillant, hormis les grosses roches posées ça et là depuis je ne sais combien de temps, et nées comme nous de quelque étoile.

Certains estrans appellent le large, d’autres, le recueillement. Celui découvert ce matin s’ouvre tout grand sur la mer ; elle a écrit ses vagues sur son lit comme pour marquer son inassouvissable désir d’errance. Je suis assise sur un promontoire rond comme un ventre chargé de promesses, où la mer y a aussi imprimé ses vagues. On peut s’y lover, on peut y mourir, de cette mort qui régénère et vous invite à la partance.

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© 2020 par Corne de Brume